Jump to content

Posthumous Poems/Chanson de Février

From Wikisource
4161101Posthumous Poems — Chanson de FévrierAlgernon Charles Swinburne

CHANSON DE FÉVRIER

Tressons ma guirlandeD'ix et de cyprès,Bien belle est la lande,Bien verts sont les près.
Faites-moi ma bière,Mettez-m’y ce soir:Bien triste est la terre,Le tombeau bien noir.
Qu’il aille aimer Rose;L’amour lui sied bien;Elle a toute chose,Et moi je n’ai rien.
Des nattes de soieQu’on rehausse en tour;Des yeux pleins de joieEt vides d’amour.
Quand son cou se cambre,Tous ses grands cheveuxCousus d’or et d’ambreTombent sur ses yeux.
De l'Eure à la Sambre,On ne vit jamaisSi beaux cheveux d'ambre,Si beaux yeux de jais.
Je n'ai rien à dire;Jai gardé ma foi.Sa bouche sait rire;Je sais pleurer, moi.
La lune était belle;Mais le jour a lui.Que nous voulait-elleQuand j'étais à lui?
Vous verrez éclose,Quand mai le veut bien,Vous verrez la rose,Je ne verrai rien.
Les jours où l'on cueilleL'hyacinthe au pré,Et la chèvrefeuille,Moi je dormirai.
Que dit la colombe?Vivez, aimez-vous:Bien douce est la tombe,Le gazon bien doux.
Mais quand l'hirondelleChante aux champs de maiVa, lui dira-t-elle,Tu fus bien aimé.